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Productions des élèves

Des héroïnes nouvelle génération dépoussièrent l’industrie des comics

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3 vieilles couvertures de Comics (Photomontage à partir de ressources Wikimedia Commons : 1, 2, 3 )

 


De nouvelles super-héroïnes au caractère bien trempé débarquent en nombre dans le monde des comics, temple de la testostérone et des clichés sexistes. Une nouveauté qui ne semble pas déplaire aux lecteurs. Les cinq nouveaux volumes de la série Thor lancés en octobre 2014 se vendent 30% plus que les précédents sortis en 2012. Une nouvelle importante puisque les auteurs de la série avaient décidé que Thor avait assez vécu en juillet dernier. Pas question de renouveler le personnage tel quel. Marvel a annoncé que Thor devenait une femme. Le lourd viking au marteau s'est donc résigné à laisser sa place à une héroïne nouvelle génération, blonde svelte et surpuissante, bien loin des midinettes de seconde zone habituelles des BD du genre.

 

Le succès de Thor au féminin rappelle les très bonnes ventes de « Mrs Marvel », une BD mettant à l'honneur une super-héroïne Pakistano-Américaine. Signe que quelque chose a changé dans l'univers des comics.

 

Le syndrome des femmes dans le réfrigérateur

 

La bataille pour la visibilité des héroïnes dans les BD de super héros était loin d'être gagnée. La plupart des protagonistes féminins servaient jusqu'à présent à remplir les cases sans pour autant réellement exister dans l'histoire. Pas question non plus de les laisser trop longtemps dans le récit. Après un passage éclair auprès du héros, elles étaient bien souvent tuées par l'ennemi juré de leur protecteur. Un bon filon pour rendre la bagarre crédible.

 

En 1999, un blog créé par une auteur de DC Comics a recensé toutes ces morts absurdes de personnages féminins. Son nom : « Women in Refrigerators », «Femmes dans le réfrigérateur », un clin d'oeil au sort tragique de la petite amie d'un personnage de Green Lantern, assassinée et rangée dans un frigo dans le numéro 54 de la série. L'internet foisonne de classements en tout genre de ces sacrifices. Un florilège varié qui va de la balle dans la tête à la chute de gratte-ciels, en passant par la mort par suffocation. 

 

Une révolution possible grâce à Internet

 

Quelques héroïnes ont pu bénéficier d'un meilleur statut et survivre durant quelques volumes. C'est le cas de l'iconique Wonder Woman, ou de Typhoid Mary dans Daredevil à partir de 1988. Dans les X-Men, les personnages féminins ont généralement plus de relief, mais ces héroïnes ne trouvent pas leur public. Les ventes baissent lorsque les auteurs tentent de mettre l'accent sur ces femmes, comme le souligne Ann Nocenti dans The Guardian, éditrice de X Men, à présent auteure chez Marvel. Un échec qu'elle comprend mieux à présent : «Personne n'écrivait pour un lectorat féminin. Je n'ai jamais pensé que j'écrivais pour des femmes. C'était certainement une erreur. 

 

Aujourd'hui, de nombreuses femmes se sont mises à esquisser les contours d'héroïnes nouvelles et ont trouvé leur public. C'est sur internet que cette révolution s'est organisée progressivement. Grâce notamment aux nombreux sites indépendants qui font vivre une contre-culture de la  BD. C'est le cas de Womenwriteaboutcomics.com, qui publie des planches esquissées par des femmes.

 

Le site en profite aussi pour commenter toute l'actualité du monde de la BD sous un prisme féministe. Plus question d'entrevoir des femmes assassinées toutes les deux pages en feuilletant une revue sans commenter. Un véritable espace s'est aussi ouvert sur les réseaux sociaux pour tous ceux qui veulent remettre en question les normes du genre. La polémique récente liée à un tweet d'Erik Larsen, auteur de comics à succès, montre la force de ces nouvelles communautés critiques. Le dessinateur a souhaité revendiquer sa liberté de choisir les tenues de ses personnages, sans se préoccuper de ceux qui l'accusent d'entretenir des clichés sexistes. "Quelques voix" dissonantes seulement qui ne représentent pas grand chose, selon lui.

 


 

Mais ces "quelques voix" ont protesté si vivement qu'Erik Larsen a été obligé de justifier et modérer ses propos par la suite

 Ces dissidents engagés constituent un marché très porteur, comme l'explique G Willow Wilson, l'auteur de la nouvelle « Mrs Marvel » dans The Guardian : «Des livres comme Ms Marvel ont changé tous les calculs de l'industrie de la BD. Ils ont mis à mal la théorie selon laquelle les personnages féminins, ou les protagonistes issus des minorités ne vendent pas. » Preuve que même les super-héros doivent apprendre à s'adapter aux évolutions de leur société. 

 



 

L’Islande, puissance génétique mondiale

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 Article publié le 26-03-2015 par WOJCIK Laura

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 Séquences d'ADN, molécule renfermant toute l'information génétique d'un être humain (Crédits photo : PhotonQ-An (Flickr))

 

Les scientifiques de la firme Decode, entreprise islandaise en pointe sur la recherche en génétique, viennent de dévoiler le résultat de recherches sans précédents. Une série de publications parues dans la revue Nature Genetics détaille l’ampleur de l’opération. 2636 génomes ont été décortiqués, et plus de 100 000 échantillons génétiques ont pu être collectés depuis 18 ans en Islande. C'est un tiers de toute la population qui est concernée par ces recherches. Il s'agit de la plus grande base de donnée jamais collectée sur une seule population. De quoi grandement améliorer la connaissance en génétique actuelle.

 

Grâce à cette collection immense de génomes, les généticiens de Decode ont réussi à explorer en détails les causes génétiques de certaines pathologies courantes, du calcul rénal aux maladies cardio-vasculaires, en passant par la maladie d'Alzheimer, les cancers et les problèmes de thyroïde. Ils sont ainsi parvenus à établir une cartographie détaillée des mécanismes complexes qui font qu'une mutation génétique peut, ou non conduire à certaines maladies. 

 

Les chercheurs investis sur le projet « Decode » ne souhaitent plus seulement se plonger dans notre ADN pour comprendre les causes de certaines pathologies, mais bien explorer toutes les expressions possibles de cet ADN en fonction de facteurs propres à chacun. 

 

Le paradis islandais des chromosomes

 

Cette opération de très grande ampleur n'est peut-être possible qu'en Islande, paradis de la génétique. La plupart des Islandais partagent un patrimoine génétique similaire. 300 000 personnes vivent aujourd'hui avec des gènes qui se ressemblent, et obéissent à des logiques similaires.C’est ce qu’on appelle l’effet « fondateur ». Tous les habitants de l’île ou presque sont les descendants directs d’un tout petit groupe de colons venus d’Ecosse, de Scandinavie et d’Irlande il y a plus de 1100 ans. Depuis, la population n’a que très peu interagi avec le reste de la planète, tout du moins pas assez pour troubler la quiétude de leurs chromosomes. Une telle homogénéité est précieuse pour les chercheurs puisqu'elle simplifie leurs raisonnements.

 

Un gène donné interagit avec de nombreux autres gènes pour entraîner un caractère donné chez quelqu'un. Le porteur d'un gène anormal peut par exemple ne pas être malade si d'autres s'expriment simultanément et limitent son effet. Impossible donc de penser une conséquence physiologique B directement en fonction d’une seule cause génétique A. Inutile de raisonner en termes de petites flèches. La réalité ressemble plutôt à un gros nœud difficile à démêler. La faute à des variables beaucoup trop nombreuses, et des individus beaucoup trop différents entre eux pour qu'on puisse généraliser les conclusions tirées de chacun.

 

Et c'est là que le cas islandais fait école. Lorsqu'une population possède un patrimoine génétique qui obéit à des dynamiques communes, il est possible de comparer, de tester, et surtout de tirer des conclusions applicables à d'autres individus. Les causes à effets sont plus simples à isoler puisqu'on les observe dans beaucoup de cas. Les nœuds se ressemblent, et on apprend plus vite à les démêler.

 

Un vrai changement de paradigme en vue ?

 

Cette simplification de raisonnement a permis une vraie révolution. Les scientifiques de Decode partent du génome pour se concentrer ensuite seulement sur toutes les caractéristiques que l'on peut observer en regardant un individu. Cela peut-être des symptômes pathologiques, mais aussi la couleur de ses yeux, ou la forme de ses pieds. On part du tout petit pour comprendre la complexité du très gros. Et grâce à ce point de départ au cœur de notre ADN, il est possible d'explorer toute la multitude de possibilités qui s'offre à nos gènes pour s'exprimer et muter.

 

Or, avant le point de départ était le très gros, pour plonger vers le tout petit. On partait du phénotype pour ensuite plonger dans l'ADN des individus, comme l'explique très bien un article de Wired publié récemment à ce sujet. On partait du postulat que chaque gêne anormal générait une anomalie visible, puisque la plupart des gènes observés étaient ceux de personnes malades. Grâce à cette nouvelle approche, les chercheurs ont découvert qu’une anomalie génétique n’entraînait pas forcément de pathologies. Une nouvelle étape sera franchie lorsque ces équipes détermineront les mécanismes précis qui expliquent pourquoi un gène anormal a parfois des conséquences, et parfois non.

 

 

De l’arbre généalogique à l’empire de la génétique

 

L’idée folle de transformer l’Islande en panel scientifique géant a germé dans la tête du neurologue islandais Kari Stefansson en 1996. Un projet pas forcément illogique dans un pays où la généalogie est un sport national. Comme tous ses concitoyens, le Dr Stefansson peut facilement retrouver ses ancêtres jusqu’en 900 après Jésus Christ. Un très gros arbre généalogique qui a poussé le scientifique à collecter tous les échantillons de sang qu’il pouvait autour de lui, et à négocier l’obtention de nombreux autres auprès de son gouvernement.

 

La petite entreprise du Dr Stefansson s’est construite au milieu de la bulle internet. Dans la frénésie du nouveau millénaire. Puis elle s’est effondrée. Avant de se relever, se développer encore. La firme a fini par faire faillite en 2009, avant de se faire racheter par le géant de la génétique Amgen la même année.

 

Aujourd’hui l’idée folle du Dr Stefansson a de très beaux jours devant elle. Decode a peut-être même inventé une nouvelle manière d’étudier la génétique. Les nouveautés révélées le 26 mars ont même arraché des compliments de la bouche de George Yancopoulos, responsable scientifique de Regeneron, firme rivale d’Amgen : « C’est probablement un tour de force très impressionnant." Il a aussi promis de lui aussi se mettre à faire de la génétique comme les Islandais.

 

 

 




 

Là où seront les enjeux dimanche prochain

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par RAISON Alexis

 

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Crédit photo : Flickr / CC / Mr__H

 

La droite et le Front national vont avoir l'occasion dimanche prochain de pousser leur avantage électoral acquis la semaine dernière face à une gauche affaiblie. Récit cartographique sur les lieux qui marqueront le second tour.

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Comment décréter une Journée mondiale ? Mode d'emploi

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par WRIGHT Clara

Si vous prenez le temps de lire cet article, c'est que vous avez quelques minutes devant vous. Cela tombe bien, nous célébrons aujourd'hui la Journée mondiale de la procrastination !

 

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Cette jeune femme procrastine entre son ordinateur, son goûter et de la lecture. Crédits photo : Flickr/CC/Jessica Quinn

 

 

Celle-ci a été lancée en 2010 par les éditions Anabet lors de la promotion de l'ouvrage Demain, c'est bien aussi, de Kathrin Passig et Sascha Lobo. Selon le Larousse, procrastiner est une "tendance pathologique à différer, à remettre l'action au lendemain" mais dans le cas de la maison d'édition, il s'agissait davantage de lutter contre un monde de l'urgence et d'hyperactivité que de célébrer un mal immémorial. Avec son Manifeste du 25 mars, le journaliste David d'Equainville revendique également la création de cette Journée.

 

Deux papas pour une même Journée... Qui peut en fait décréter une Journée mondiale ? "Il n'y a pas de règle, pas d'instance officielle", nous répond Vincent Tondeux, fondateur du site journeemondiale.com qui les recense toutes, soit 393 pour seulement 365 jours dans une année. Pour faire sa demande, il suffit de cliquer sur "Nouvelle Journée" et remplir un formulaire. "Il y a des gens plus autorisés que les autres si je puis dire : l'ONU, les associations, les Eglises... mais des particuliers lancent aussi des Journées internationales." Par exemple, la Journée du Nutella, le 5 février, a été instaurée par "deux blogueuses" raconte Vincent Tondeux.

 

En revanche, si l'entreprise Nutella avait cherché à créer une Journée pour sa marque elle-même, ce dernier et son équipe auraient refusé la demande. "Pas plus tard qu'hier, on a eu une demande de la Journée du Polo pour une marque de vêtement. On a dit non." Pour voir sa demande acceptée, il faut remplir quelques conditions. Une personne doit être à l'origine de la demande, des événements doivent être organisés dans plusieurs pays du monde le jour J et cela sans but commercial. Par ailleurs, Vincent Tondeux s'autorise un droit de regard : "Si on me propose demain la Journée mondiale du racisme, je ne vais pas accepter".

 

Avec plus de dix ans d'existence, le site recense tous types de journées, plus ou moins sérieuses. "On ne veut pas faire passer nos idées", explique Vincent Tondeux, juste relayer des événements. Certaines Journées "qui paraissent incongrues soulèvent en fait des enjeux de santé publique", note le créateur. "La journée des toilettes par exemple." L'Organisation mondiale des toilettes est derrière l'initiative. "La Journée du 19 novembre a permis à chacun de saisir du sujet et de lancer des actions comme installer des toilettes sur les places des villes, organiser un festival, des expositions de photos… Cela a permis d’attirer l’attention des gouvernements, des ONG et des Nations unies, jusqu’à Bill Gates qui, avec sa fondation, a lancé un concours pour inventer les toilettes de demain", expliquait le fondateur de l'Organisation, Jack Sim, à 20minutes en 2012.

 

D'autres journées n'ont pas vraiment de but... Hormis exister. Comme la Journée du tricot le 14 juin. Ou encore le 13 janvier, sortez sans pantalon ! Lancée en 2002 à New York, cette Journée a été suivie dans plus de 60 villes en 2014. Cela vous donne des idées ? Avant de faire votre demande, veillez à bien choisir la date. Qu'une autre Journée ne vous vole pas la vedette.

 

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La journée mondiale sans pantalon à Paris en 2009. Crédits photo : Flickr/CC/Tonio Vega



 

Peut-on être féministe et voilée ?

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 Article publié le 24-03-2015 par WRIGHT Clara

"Pourquoi exiger de moi que j'enlève mon foulard parce que certaines ont lutté pour se dénuder ? En quoi ce bout de tissu que j'ai sur ma tête remet en cause des années de luttes de femmes ?" s’interroge Ndella Paye, militante afro-féministe, dans une tribune publiée sur Médiapart hier. Avec ce papier, cette engagée, aussi membre du collectif Mamans Toutes Egales, vient alimenter un des débats majeurs qui divise les groupes féministes français. Peut-on se revendiquer féministe tout en portant le voile ?

 

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Le hijab, plus ou moins long, peut être fashionisé. Crédits photo : Flickr/CC/Armando Moreschi

 

Le voile en France 


La question du voile émerge en France en 1989 à Creil lorsque des collégiennes refusent d'ôter leur foulard islamique en cours. Dans les années 2000, le phénomène réapparait et la France prend des dispositions. En 2004, la loi "Stasi" interdit les "signes religieux ostentatoires" à l'école et dans le secondaire et depuis l'arrêt Baby Loup, la laïcité stricto sensus est à observer dans les entreprises publiques tandis que l'employeur privé peut restreindre la liberté de ses salariés si l'activité le justifie.
 
Un féminisme qui se dit anti-oppression 
 
Dans les rangs féministes, le débat a été et reste virulent. Celles qui refusent le voile le font au nom du bagage historique français de luttes, notamment pour la liberté vestimentaire. D’après l’organisation "Osez le féminisme !" (OLP), le voile réduit la femme à "un objet sexuel", à "une tentatrice", devant se couvrir pour "gérer elle-même la libido soi-disant irrépressible des hommes", écrit Caroline de Haas (un temps porte-parole de l’association puis conseillère de la ministre des Droits des femmes). 

 

Le vocabulaire religieux utilisé péjorativement souligne la culture française de séparation de l'Eglise et de l'Etat, de l'émancipation de l'individu face à la religion, de la femme par rapport à "Eve la tentatrice" si on en croit Caroline de Haas, une culture qui réconcilie difficilement foi et féminisme. Il y a dix ans, lors de la Journée internationale des Droits des femmes, le cortège de féministes de Paris a refusé que des manifestantes voilées défilent. 

 

Un féminisme qui se dit intersectionnel

 

Mais cette année, pour la deuxième fois consécutive, un second cortège a défilé dans les rues parisiennes le 8 mars. En son sein, des têtes portant le hijab. Elles se revendiquent "intersectionnelles"; et Ndella Paye aussi.

 

"Pour nous, ni la lutte de classe, ni celle de race ne doivent être mises au-dessus des autres luttes, c’est contre toutes nos oppressions que nous luttons en parallèle, nous sommes multiples, nous sommes à des croisements", explique-t-elle dans sa tribune. Au croisement ici entre islam et féminisme. Ndella dit vouloir se battre pour la cause des femmes sans pour autant devoir abandonner ses moeurs et son combat contre les discriminations religieuses. Ainsi, le voile n'empêcherait pas de lutter pour être l'égale des hommes.

 

Porter le voile est-il une preuve de soumission ? 

 

En fait, poser la question "Peut-on être féministe et être voilée ?" revient à formuler une deuxième question : "Une femme peut-elle porter un voile sans être soumise aux hommes ?". Si en se voilant, la femme se soumet, alors une féministe ne peut porter le foulard sans se trahir puisqu'elle se bat pour l'égalité entre les hommes et les femmes. Si au contraire, elle ne se soumet pas, une féministe peut se couvrir.

 

Qu'en pensent les femmes voilées ?

 

Lors des interviews qu'elle a réalisés pour son livre Des voix derrière le voile, la journaliste Faïza Zerouala a abordé la question de la soumission avec des "Françaises musulmanes, toutes voilées, dont certaines se disent féministes" sans être pour autant militantes, nous explique-t-elle. Sur les dix, neuf portent le hijab et une le voile intégral. "Aucune d’entre elles ne se considère comme fossoyeuse des droits de la femme".

 

"Souvent, on leur reproche de démolir le combat anti-voile mené par des Iraniennes ou des Afghanes. Mais pour elles, la situation est différente puisqu’elles sont Françaises vivant en France. Evidemment, elles ne veulent pas imposer le voile mais en France, lorsqu’une femme le porte, c’est en général par choix."  

 

"En me couvrant, je deviens un sujet pensant"

 

Un choix religieux mais aussi féministe à leurs yeux. "Elles se disent toutes choquées de l’image de la femme diffusée par la publicité ou les clips en Occident. Ce combat contre l'image est commun à toutes les féministes, voilées ou pas", note Faïza. Sauf que les moyens d’action diffèrent. "En me couvrant, je sors la femme de la qualité d’objet, je deviens un sujet pensant", confie une étudiante à la journaliste.

 

"En France on tolère qu'une femme se dénude mais pas qu'elle se couvre"

 

N’y a-t-il pas ici une contradiction évidente ? Pourquoi les hommes n’ont-t-ils pas besoin de se couvrir pour être considérés comme sujets pensants ? "On oublie souvent qu'ils obéissent eux aussi à une certaine pudeur. On ne va pas les voir en minishort", remarque Faïza. "Pour ces dix femmes, en France, il existe un grand paradoxe : on tolère qu'une fille se balade en mini-jupe mais pas qu'elle se couvre." A leurs yeux, cette "intolérance" relève de l'interdit vestimentaire.

 

Dans sa tribune, Ndella compare les féministes "traditionnelles" aux hommes que ces dernières combattaient. Comme ces hommes, les féministes traditionnelles voudraient dicter à des femmes, les féministes musulmanes dans ce cas, comment se vêtir. "Nous refusons de nous laisser dicter la façon dont nous devons nous habiller, par des hommes comme par des femmes".

 

Faïza Zerouala dit "ne toujours pas avoir d'avis sur la question". Son livre, ainsi que la tribune de Ndella Paye, s'inscrivent dans un contexte politique sensible puisque la question du voile à l'université a été de nouveau posée. Pascale Boistard, ministre des Droits des femmes, a déclaré y être "non favorable". Nicolas Sarkozy a abondé dans ce sens tandis que Jean-Louis Bianco, directeur de l'Observatoire de la laïcité, a rappelé pourquoi le voile était admis à l'université. Si Manuel Valls a affirmé que son interdiction "n'était absolument pas d'actualité", la Ligue internationale des droits des femmes a réagi en faveur de celle-ci.

 

 



 
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