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“Aujourd’hui, on vit un peu plus chichement... mais toujours bien”

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par GUÉRIN Marion

800px-meudon_panneau12 "Les classes moyennes souffrent et sont en état de déclassement."Cette phrase a été prononcée par le directeur de campagne de Marine Le Pen, le 8 janvier. La candidate FN à l’Élysée n'est pas la seule à se tourner vers les classes moyennes, enjeu majeur de la présidentielle. François Hollande (PS), Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) ou encore François Bayrou (MoDem) lorgnent aussi sur ce réservoir de voix. Tout comme le gouvernement : il y a deux mois, le ministre de l'Enseignement supérieur Laurent Wauquiez publiait La lutte des classes moyennes.

Dans le cadre d’une semaine intensive de presse écrite, 18 étudiants en première année de l’Ecole de journalisme de Sciences Po ont enquêté pendant cinq jours sur les classes moyennes. Découvrez leurs travaux en ce mercredi 25 janvier.

Meudon, petit coin privilégié de verdure près de Paris

Crédit photo : CC/wikipedia/Benoît92

 

 

Immersion en classe moyenne. Dans le sud-ouest parisien plutôt huppé, un couple de trentenaires avec enfants échappe à la sinistrose. Il vient même d'acquérir une résidence secondaire en Basse-Normandie.

 

Viviane et Sylvain Blanchard sont installés depuis près d’un an dans une banlieue chic du sud-ouest de Paris : Meudon (Hauts-de-Seine). Dans le salon, Noah, sept ans, gratte furieusement les cordes de sa toute nouvelle guitare, reçue à Noël. Sa sœur aînée, Jade, récite les lignes de son livre, L’Encyclopédie des prénoms. "Jade : prénom rare qui se généralise en France. Désigne une pierre..." Sur son tapis de jeu, le petit dernier, Oscar, sept mois, regarde la scène d’un air intrigué.

 

Après avoir bataillé avec la municipalité - “On a écrit des lettres tous les mois au maire !”, explique le couple -, ils ont réussi à obtenir un logement “1% patronal”*, qu’ils louent 1.300 euros par mois, pour 90 m2. Ils n’auraient pas pu espérer mieux : près du travail, des grands-parents, du parc de l’Observatoire de Meudon et de ses balades agréables. La résidence est grande, les enfants jouent dehors, sans que les parents ne s’en soucient. “Avant, on vivait à Puteaux, dans un 45 m2, qu’on payait 950 euros par mois, dans le centre-ville. Les enfants ne sortaient pas sans surveillance."

 

"La vie, ce n'est pas que l'argent et le boulot"

 

Viviane et Sylvain se sont rencontrés au travail. Viviane avait déjà deux enfants, Jade et Noah. Elle a 35 ans, lui, 30. Elle est chargée de post-production dans l’audiovisuel - elle suit les projets audiovisuels une fois qu’ils ont été tournés. Lui est administrateur réseau. Ce jeune couple fait partie de ce que l'on pourrait nommer les classes moyennes supérieures, c'est dire si les classes moyennes embrassent un large spectre. Viviane et Sylvain s’estiment mieux loti que ses parents. Ils ont moins de sacrifices à fournir. Les parents de Viviane sont laotiens. Ils ont fui il y a près de 40 ans le régime politique de l’époque. Quand ils sont arrivés en France, “ils ont tout fait pour que notre intégration se passe pour le mieux”. Le père, ouvrier, et la mère, au foyer, ont ouvert un petit restaurant asiatique dans les Yvelines. Quant aux parents de Sylvain, “ils ont plus souvent compté les sous que lui”.

 

A la naissance d’Oscar, Viviane a pris un congé parental, qui se terminera le 27 octobre prochain. Mais elle hésite… Recommencer le travail ? Avec ses horaires imprévisibles, ses journées de stress, ses nuits trop courtes ? En passant du temps auprès de ses enfants, elle a changé de regard. “La vie, c’est pas que l’argent et le boulot. Avant, je bossais tout le temps. J’avais une baby-sitter pour les enfants. Je les voyais une heure le soir”.


Aujourd’hui, elle a envie d’être auprès de ses enfants. “Quand on a 20 ans, on n’imagine pas vouloir ça. J’ai toujours été indépendante. Au début, ça m’a fait bizarre de ne pas ramener d’argent dans le foyer. Question de fierté.” Sylvain gagne 40.000 euros annuels. Avec leurs deux salaires, ils vivaient sans compter. “Si on voulait partir un week-end en voyage, on le faisait, sans se prendre la tête. Les restos, pareils. Aujourd’hui, on vit un peu plus chichement... Mais toujours bien”. Pour le moment, Viviane touche des aides de la CAF (Caisses d'allocations familiales) pour son congé. Elle perçoit également une pension de 300 euros de son premier conjoint. “Si un seul salaire suffit, il se pourrait que je ne reprenne pas le travail. On verra. C’est déjà un luxe de pouvoir choisir."

  
"Les enfants pourront s’en sortir..."

 

Viviane est d’un tempérament optimiste. Elle a confiance en l’avenir de ses enfants. “Sinon, je n’en aurais pas fait autant ! J’ai envie de croire en la société. Malgré la crise, ils pourront s’en sortir”. Noah prend des cours de judo et de guitare. Pas au conservatoire, mais “avec un pote qui vient lui apprendre quelques accords” ; Jade fait du poney et du basketball. Leur mère veille à ce qu’ils aillent dans un bon collège ("dans un établissement public, j'insiste!"). A ce qu’ils aient une bonne alimentation, aussi ("je suis très légumes”). Mais à choisir entre le marché de Meudon Bellevue, (“l’arnaque!”), et celui, un peu plus loin, d’Issy-les-Moulineaux, ("2 euros les 2 kilos de clémentines”), elle n’hésite pas. Elle saute dans sa Mégane 2 (à vendre, pour acheter un Laguna Break, “une voiture de riches qui ne nous ressemble pas”), et parcourt les allées du marché au gré de ses envies. Pour moins de 10 euros, elle revient avec navets, carottes, bananes, clémentines, chou fleur, salade… au grand dam de Jade. “Chez ma copine, on mange saucisse-frites, c’est vachement bon”.


Sylvain et Viviane ne se plaignent pas. Ils ont acheté récemment une résidence secondaire dans l’Orne, en Basse-Normandie. 800 m2 de terrain, 32000 euros. Une vieille grange à retaper “selon nos envies”. Les travaux ont commencé. Les amis sont souvent invités pour mettre la main à la pâte. “Mais on a un peu freiné le rythme… On attend d’avoir un peu plus de sous”. Quand les beaux jours arriveront, ils iront tous en famille respirer l’air frais de la campagne.
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