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Candidats cherchent classes moyennes

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par CLOUTOUR Lola, GUILLIET Clara, LE CAIN Blandine, LEUSSIER Héloïse, PECOUT Adrien, PETER Cyril

Flickr/CC/bogdansuditu"Les classes moyennes sont essentielles car elles souffrent et sont en état de déclassement." Cette phrase a été prononcée par le directeur de campagne de Marine Le Pen, le 8 janvier. La candidate FN à l’Élysée n'est pas la seule à se tourner vers les classes moyennes, enjeu majeur de la présidentielle. François Hollande (PS), Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) et François Bayrou (MoDem) lorgnent aussi sur ce réservoir de voix. Tout comme le gouvernement : il y a deux mois,le ministre de l'Enseignement supérieur Laurent Wauquiez publiait Lalutte des classes moyennes.

Dans le cadre d’une semaine intensive de presse écrite, 18 étudiants en première année de l’Ecole de journalisme de Sciences Po ont enquêté sur les classes moyennes. Découvrez leurs travaux en ce jeudi 26 janvier.

Crédit photo : Flickr/CC/bogdansuditu

 

 

Les prétendants à l'Elysée tablent en partie sur un électorat de classe moyenne, préoccupé par le pouvoir d’achat et disponible les 22 avril et 6 mai 2012.

 

Les classes moyennes sont présentes dans tous les discours mais curieusement dans peu de réponses. Elles sont citées en exemple quotidiennement par nos responsables politiques. Aucun d’eux n’en donne pourtant une définition claire. Au Nouveau Centre, Hervé Morin parle d’une formule “d’une très grande hétérogénéité”, Jean-Marie Le Guen, député socialiste de Paris, d’une notion “floue et discutable”. Le candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon évoque même “une classe subjective”. Mais le leader du Front de gauche est le seul à parler de la classe moyenne au singulier quand les autres partis s’accordent à dire qu’on ne peut la définir qu’au pluriel, si on veut comprendre la complexité et la diversité des individus qui la composent.

 

A gauche comme à droite, peu se risquent à les préciser selon une tranche de revenus. Laurent Wauquiez (UMP), le ministre de l’Enseignement supérieur, est le premier à avoir dégainé. Sa fourchette est large : “De 1.500 à 5.000 euros de revenus par ménage.” Sa position est contestée de toutes parts (voir encadré ) et les chiffres semélangent. Autant de tranches que de tronches, en somme. Les partis se retrouvent tout de même sur la définition d’un salaire médian autour de 1.650 euros. Ne reste plus qu’à déterminer jusqu’où on peut s’en éloigner pour faire encore partie de la classe moyenne.

 

Ces classes moyennes rassemblent 50 à 60% de la population selon le conseiller économique de Marine Le Pen, Bruno Lemaire. Du côté du Modem, Jean-Jacques Jégou, trésorier du parti, estime que “les classes moyennes représentent plus de 50% de la population”. Rien, à côté de l’estimation de Pierre-Henri Dumont, secrétaire national des Jeunes Populaires (UMP). “C’est plus ou moins tout le monde, ils représentent 85% de la population”, affirme-t-il.

 

Ces disparités montrent en fait que l’on ne parvient pas à définir les classes moyennes, y compris au sein des partis. Henri Emmanuelli, député PS des Landes, résume bien le paradoxe : “C’est un concept très politique, mais pas très sociologique”. Ce qui explique que les représentants politiques s’attachent davantage à décrire un sentiment d’appartenance aux classes moyennes qu’une réalité économique.  

 

"La peur du déclassement"

 

Lorsqu’il s’agit de s’adresser aux Français dans leur ensemble, les classes moyennes deviennent incontournables. Parler d’elles, c’est la solution facile pour s’adresser à presque tout le monde sans stigmatiser personne. “La majeure partie de la société se considère de la classe moyenne. Elle a le sentiment d’être trop aisée pour faire partie des classes populaires, mais ne gagnant pas tant que ça pour se trouver dans les classes supérieures”, explique-t-on à la fédération PS de Paris. Surtout, ce “concept fourre-tout”, comme le qualifie Hervé Mariton, député UMP de la Drôme, permet de gommer implicitement les niveaux qui existent dans la société.

 

Une vision que ne partage pourtant pas Pierre Laurent, directeur du comité de campagne de Jean-Luc Mélenchon et secrétaire national du Parti communiste français : “Je vois ça comme un thème très idéologique utilisé par certains politiques pour cloisonner la société et diviser les salariés entre eux.” Les classes moyennes seraient ainsi un concept pour oublier l’opposition pauvre/riche mais qui renforcerait les divisions au sein des classes les plus en difficultés en agitant la peur du déclassement et de la paupérisation.

 

La France des “oubliés” pour le FN, la “France silencieuse” chez l’UMP (voir notre encadré sur la convention UMP ), voilà un critère sur lequel les politiciens s’accordent : les classes moyennes se sentent mal considérées. “Il y a une inquiétude quotidienne chez les classes moyennes”, analyse Jean-Jacques Jégou (Modem), tandis que Pierre-Henri Dumont (UMP) évoque la “peur du déclassement, du chômage, des délocalisations”. “Ce sont des personnes qui ont une crainte du déclassement, affirme également Pierre Moscovici. Il y a deux thèses quand on parle des classes moyennes : la thèse du précariat et la thèse de l’ascension. Politiquement on choisit l’une ou l’autre et on construit son discours.

 

Des mesures pour gagner des voix

 

C’est sans doute là l’intérêt du concept. Selon qu’on situe les classes moyennes plutôt vers les catégories populaires ou supérieures, les mesures proposées ne sont pas les mêmes. Pour l’UMP, la défense des classes moyennes passe par la question du travail. “L’important dans le message de la campagne à venir, c’est de dire aux classes moyennes que leur travail a encore un sens, résume Pierre-Henri Dumont. Qu’en travaillant, ils vivent tout de même mieux que ceux qui bénéficient des aides sociales.”

 

Le PS, quant à lui, préfère miser sur la fiscalité : fusion de la Contribution Sociale Généralisée (CSG) et de l’impôt sur le revenu (IR),et réforme du quotient familial profiteraient tant aux classes moyennes qu’aux classes populaires, selon les socialistes. “A gauche, on a l’habitude de penser les deux ensemble”,rappelle Pierre Moscovici. Pour Europe Écologie-Les Verts, c’est sur l’éducation qu’il faut insister. Le parti propose une allocation d’autonomie à destination des étudiants pour faire face au coût des études. “Les classes moyennes sont celles qui font le plus d’efforts pour compenser le fait que le bac est devenu accessible à tous, elles investissent le plus dans les études supérieures”.

 

Laurent Wauquiez a beau s’en défendre, l’intérêt soudain des partis politiques de tout bord pour les classes moyennes ne répond pas seulement à la volonté de faire progresser leur niveau de vie mais à une stratégie électoraliste. S’adresser à tous sans mécontenter personne, voilà un credo de campagne plus confortable en ces temps de rigueur. Et au-delà de la peur du déclassement, c'est bien le sentiment d'injustice qu'a engendré la réforme du bouclier fiscal que la majorité cherche désormais à combattre chez ces mêmes classes moyennes. Les leaders politiques ne craignent surtout qu’une chose : voir les classes moyennes grossir les rangs du FN aux côtés des classes populaires, pour lesquelles la résignation est de mise.

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