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Les classes moyennes, un concept à visages multiples

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par SAGET Gaby

foule

"Les classes moyennes sont essentielles car elles souffrent et sont en état de déclassement." Cette phrase a été prononcée par le directeur de campagne de Marine Le Pen, le 8 janvier. La candidate FN à l’Élysée n'est pas la seule à se tourner vers les classes moyennes, enjeu majeur de la présidentielle. François Hollande (PS), Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) et François Bayrou (MoDem) lorgnent aussi sur ce réservoir de voix. Tout comme le gouvernement : il y a deux mois, le ministre de l'Enseignement supérieur Laurent Wauquiez publiait La lutte des classes moyennes.

Dans le cadre d’une semaine intensive de presse écrite, 18 étudiants en première année de l’Ecole de journalisme de Sciences Po ont enquêté sur les classes moyennes. Découvrez leurs travaux en ce mardi 24 janvier.

Les classes moyennes font l'objet d'interprétations diverses.
Crédit photo :  Flickr/CC/ Damien Phototrend.fr

 

 

 

Historiens et sociologues ont du mal à cerner les contours de la notion de classes moyennes, si floue et pourtant si chère aux partis politiques. Qui appartient vraiment à cette catégorie ? Comment la distinguer des autres groupes sociaux ? Force est de constater que plusieurs interprétations existent. 


Le concept de classes moyennes apparaît à la transition de l’Ancien régime à la République, après la Révolution française de 1789. L’idée est de sortir de la logique des castes et des ordres pour passer à une nouvelle classification sociale et politique porteuse de modernité dans l’imaginaire des Français. "Tout au long du XIXe et XXe siècles, ce concept associé à l’idée de progression sociale, d’égalitarisme républicain est source de stabilité du régime", selon Jörg Müller, chargé d’étude et de recherche au Crédoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie).

 

Dans les années 1930, les socialistes français font le rapprochement entre classes moyennes et classes laborieuses. Le discours politique qui anime la société à cette époque est centré sur le progrès social et l’amélioration des conditions de vie des catégories les plus pauvres. Après la Seconde Guerre mondiale, les pouvoirs publics ajoutent une nouvelle dimension au concept, intégrant l’approche par catégories socio-professionnelles et celle par revenus, inspirée du modèle britannique. "Aujourd’hui c’est cette approche hybride qui domine les travaux des sociologues français", explique Jörg Müller.

 

50% des ménages français


Aujourd’hui certains spécialistes préfèrent l’approche catégorielle pour chiffrer le pourcentage des classes moyennes en France. L’économiste Eric Maurin, auteur du livre Les nouvelles classes moyennes, paru ce mois-ci et cosigné par la sociologue Dominique Goux, explique que du point de vue socio-professionnel, cette couche intermédiaire correspond à 30% de la population et regroupe les salariés intermédiaires : c’est-à-dire les ouvriers, employés et les catégories supérieures (cadres et chefs d’entreprises), comme il l'explique à Libération.


Le Crédoc favorise plutôt le revenu net des ménages comme critère de définition. "Actuellement, la médiane du revenu par mois par unité de consommation en France est de 1.750 euros. Ce qui donne un chiffre au-dessus des 50 % des ménages français qui feraient partie de la classe moyenne." Un pourcentage élevé par rapport au reste de l'Europe et aux États-Unis, où les classes moyennes sont moins nombreuses qu'en France. Selon Müller, cette variable économique permet d’intégrer toutes les réalités culturelles et sociales hétéroclites qui forment la classe moyenne indépendamment de leur statut social.


L’importance des classes moyennes en France tient au régime fiscal français axé sur une forte redistribution des richesses, d'après Jörg Müller : "Les prestations et taxations sociales versées à la famille sous forme d’aides au logement, alors même qu’elles sont ouvertement critiquées, participent finalement à la fabrication de classes moyennes. La classe moyenne n’est pas soulagée quand on baisse les impôts, mais soulagée si on redistribue bien."

 

La peur du déclassement

 

Les craintes d’une dégradation des conditions de vie persistent au sein de cette couche intermédiaire en raison du ralentissement de la croissance économique et de la progression du taux de chômage. Pourtant, depuis une trentaine d’années, le revenu moyen des Français progresse. Leur niveau de vie ne diminue pas. Une personne sur deux dispose d’un niveau de vie compris entre 1.100 et 2.200 euros par mois, indique un rapport de 2008 du Crédoc. Pour Jörg Müller, ces inquiétudes de déclassement sont alimentées par d’autres facteurs conjoncturels. "Il s’agit de craintes subjectives souvent stimulées par des éléments exogènes comme par exemple le chômage et les maladies." Or à l’approche de la campagne électorale,  les discours politiques ne semblent pas rassurer particulièrement les classes moyennes sur la préservation de leur statut.
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