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"Je ne me sens pas trop de classe moyenne... mais pas riche non plus"

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par SONNY Pékola

  La Bonne Paye, jeu de sociétés des classes moyennes"Les classes moyennes sont essentielles car elles souffrent et sont en état de déclassement."Cette phrase a été prononcée par le directeur de campagne de Marine Le Pen, le 8 janvier. La candidate FN à l’Élysée n'est pas la seule à se tourner vers les classes moyennes, enjeu majeur de la présidentielle. François Hollande (PS), Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) et FrançoisBayrou (MoDem) lorgnent aussi sur ce réservoir de voix. Tout comme le gouvernement : il y a deux mois,le ministre de l'Enseignement supérieur Laurent Wauquiez publiait Lalutte des classes moyennes.

Dans le cadre d’une semaine intensive de presse écrite, 18 étudiants en première année de l’Ecole dejournalisme de Sciences Po ont enquêté sur les classes moyennes. Découvrez leurs travaux en ce vendredi 27 janvier.

Dans la famille Joulin, la valeur de l'argent est enseignée très tôt.
Crédit photo : Pékola Sonny

 

 

 

Les Joulin habitent une grande maison de deux étages. Le jardin qui l’entoure est spacieux. Derrière, une grande allée en partie couverte de gravier. Devant, une vue et un accès direct sur les bords de la Marne. L’île Sainte-Catherine est un havre de calme en plein Créteil. Des rues pavillonnaires essentiellement. Et parmi elles, celle des Joulin. Créteil est une ville de la banlieue sud de Paris à laquelle la famille est attachée. Bernard, le père, y a passé une bonne partie de son enfance. Isabelle, sa femme, affectionne son côté “ouvert et métissé".

 

Dans la cuisine chaleureuse aux murs orange, tout le monde s'affaire. Ugo et Elena mettent le couvert tandis que Bernard finit la salade de tomates-avocats. La mère surveille le rôti. Posé par terre, un petit panier en osier pour le recyclage. Sur une étagère de l'armoire, des livres de cuisine côtoient des packs d'eau et de lait bio.

 

Le "clan" familial

 

Isabelle, sourire bienveillant, est habillée dans un dégradé de noir des pieds à la tête.Elle est professeur agrégée de biologie dans un lycée de Vincennes. “Je ne me sens pas trop de classe moyenne… pas riche non plus, c’est un mot un peu galvaudé”. Née en Algérie, d'un père italien engagé dans la légion étrangère et d'une mère femme au foyer, elle a grandi en France dans une famille de 8 enfants. 

 

Son mari, Bernard, hésite.“Si, je pense qu’on est un peu classe moyenne.” Il a créé son entreprise il y a une quinzaine d'années ; il vend des machines à bois. Lui qui n'a jamais eu le bac, travaille seul, sans employés. Il avoue ne pas se sentir à l'abri des coups du sort. Ses rentrées d'argent sont irrégulières. Il peut y avoir un mois très bien, un autre moins. Et s’ils avaient un coup dur ? “On pourrait vendre le chalet au ski”, répond Isabelle. Ce chalet, ils l’ont acheté parce qu’ils ont eu la chance d’hériter d’une maison familiale. Eux, qui ne planifient pas trop les vacances sont contents d’avoir une résidence dans laquelle ils peuvent se rendre à tout moment, même au dernier. “On dépense pas mal d’argent dans les aller-retours au ski”. Ils y ont passé le dernier nouvel an, en famille. Le "clan", c’est très important pour Isabelle.

 

Ici, tous les enfants ont un petit boulot

 

Ugo, l’aîné des trois enfants, a grandi ici, avec ses amis “banlieusards”. Maintenant, il sort davantage à Paris, plus animée mais plus “galère pour rentrer" aussi. Le jeune homme se verrait bien vivre et même étudier dans la capitale. A 22 ans, il est en licence 3 d'éco-gestion à Paris XII, une fac plantée à la sortie du métro Créteil-l'Université, au bout de la ligne 8. C'est un bâtiment à l'architecture moderne, qui contraste avec les hautes tours HLM environnantes. Souvent, Ugo travaille à la bibliothèque de la faculté de médecine, à une station de distance. Il trouve les camarades de sa fac moins bosseurs, “pas comme à Paris”. “Ici, les gens s'en foutent, ils ne sont pas là pour la même chose. C'est dû à la géographie aussi.” Timidement, il ajoute : “La banlieue”. Et, en riant : “Ça marche mieux à Paris, tout le monde le sait, une fac parisienne sur le CV c'est mieux. Du moins pour quelqu'un de médiocre comme moi !

 

Très intéressé par l'économie de la santé, il souhaite s'orienter vers la gestion de cliniques, où “les salaires peuvent atteindre les 4.000 euros dès l'embauche”. L’argent n'est pas une motivation pour lui. Dans la famille Joulin, où on le distribue avec parcimonie, ce n'est d'ailleurs une motivation pour personne. L’important, c’est que les enfants aient un métier qui leur plaît. Ugo,150 euros par mois et un découvert de 100, était plus dépensier mais en grandissant il a appris à mieux prendre soin de ses comptes. Isabelle ajoute : “Pour Clément c’est une vraie marque d’indépendance de gérer son argent tout seul”. ( Clément, c’est le cadet qui s’est envolé pour le Danemark, où il doit rester six mois dans le cadre d’un programme Erasmus avec son école d’ingénieur). Ici, tous les enfants ont un petit boulot.

 

Elena, leur fille en terminale S, a 30 euros d’argent de poche par mois. Cheveux châtain clair, un peu au-dessous des épaules, la jeune fille est attablée à côté d’Ugo, qu’elle dépasse d’une demi-tête. Elle sait qu’au lycée Berthelot, le meilleur de l’académie, certains de ses camarades reçoivent beaucoup plus d’argent de poche. Mais elle ne s’en plaint pas. Ses parents subviennent à tous ses besoins, cet argent est un extra. “Je vous remercie de m’avoir inculqué cette valeur. C’est une fierté de me payer des choses avec mes économies”, souligne l'adolescente de sa voix douce.

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