Accueil arrow Contenus arrow Productions des élèves arrow "Je ne me prive pas, dans la limite du raisonnable"

"Je ne me prive pas, dans la limite du raisonnable"

Version imprimable Suggérer par mail
par AKALAY Aïcha

Soldes dans un grand magasin parisien"Les classes moyennes sont essentielles car elles souffrent et sont en état de déclassement." Cette phrase a été prononcée par le directeur de campagne de Marine Le Pen, le 8 janvier. La candidate FN à l’Élysée n'est pas la seule à se tourner vers les classes moyennes, enjeu majeur de la présidentielle. François Hollande (PS), Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) et François Bayrou (MoDem) lorgnent aussi sur ce réservoir de voix. Tout comme le gouvernement : il y a deux mois, le ministre de l'Enseignement supérieur Laurent Wauquiez publiait Lalutte des classes moyennes.

Dans le cadre d’une semaine intensive de presse écrite, 18 étudiants en première année de l’Ecole de journalisme de Sciences Po ont enquêté sur les classes moyennes. Découvrez leurs travaux en ce jeudi 26 janvier.

Les soldes sont un rendez-vous des classes moyennes.

Crédit photo : Pékola Sonny

 

 

 

 

Boulevard Haussmann, haut lieu du shopping parisien. Laura essaye de se frayer un chemin entre les centaines de passants venus profiter des soldes d’hiver. Laura est arrivée en France il y a six ans pour suivre des études de finance. Originaire de Barcelone, cette jeune femme de 26 ans parle un français parfait, appris sur les bancs de l’Institut français de la capitale catalane. A la fin de sa formation parisienne, elle a été recrutée dans un cabinet d’expert comptable pour un salaire de 1.700 euros mensuel.

 

Elle a préparé son itinéraire à l’avance, et veut optimiser son temps. "J’ai pris une demi-journée de congé pour pouvoir acheter ce qui manque à ma garde-robe. Les grands magasins ce n’est pas pour moi, trop cher pour mon portefeuille", explique Laura. La jeune femme se dirige d’un pied ferme vers son enseigne préférée : Camaïeu. "On trouve ici des habits classiques, bien taillés à des prix raisonnables." Laura choisit un pull carmin, qui "met en valeur sa longue chevelure brune et son teint mordoré", lui souffle une autre cliente. Dans le rayon des pantalons, Laura laisse échapper un cri de joie : elle a trouvé le pantalon qu’elle lorgnait depuis plusieurs semaines. "Il était à 60 euros, il est maintenant à moitié prix. Je ne l’aurais jamais acheté au prix de départ . " Pour elle, c’est une évidence, elle fait partie de la classe moyenne. "Je subviens à mes besoins, je ne me prive pas. Bien sûr dans la limite du raisonnable. Mais je ne suis pas pauvre et je ne suis pas riche non plus", explique-t-elle en triturant la croix qu’elle porte autour de son cou.

 

L’Espagne à l’heure de Paris

 

"J’aime Paris, mon travail, mais il est hors de question pour moi de faire ma vie ici", tient-elle à préciser. La remarque étonne. Laura semble pourtant épanouie dans son 20 m2, situé près du Parc Monceau, qu’elle paye 700 euros par mois. "J’ai de la chance d’avoir un bon job et de pouvoir m’en sortir seule financièrement. Mais je ne me sens pas chez moi ici."  Quand elle rentre chez elle à 20h, après une longue journée de travail, Laura surfe sur le net. Sur les réseaux sociaux, ses amis postent des vidéos et articles sur la Circulaire Guéant (ndlr : qui restreint l’accès au travail aux étudiants étrangers). Elle soupire : "Heureusement que l’Espagne fait toujours partie de l’Union européenne". Même si elle n’est pas directement concernée par les questions d’immigration en France, elle dit se sentir mal à l’aise avec les discours qu’elle entend dans les médias. "L’élection présidentielle ne m’intéresse pas. Mais si je devais voter, ce serait surement à gauche". Laura semble plus passionnée par la vie politique française qu’elle ne veut bien l’avouer. Elle suit avec beaucoup d’attention les journaux télévisés et les flashs d’information à la radio.

 

Dans sa cuisine, la jeune Espagnole se prépare une "patata asada" (recette à base de pommes de terre) tout en se déhanchant sur Try me des Famous Flames. L’heure est aux confidences : ce qui lui manque en ce moment,"ce n’est pas plus d’argent, ou de voyages, ou un plus grand appart', mais avoir quelqu’un près de moi sur qui compter et avec qui partager ma patate". Laura rit de bon cœur, et entame son diner avec appétit.

Commentaires
Rechercher
Seul les utilisateurs enregistrés peuvent écrire un commentaire!

3.26 Copyright (C) 2008 Compojoom.com / Copyright (C) 2007 Alain Georgette / Copyright (C) 2006 Frantisek Hliva. All rights reserved."



 
< Précédent