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Cinq Nobels d'économie face à la crise

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 Article publié le 13-10-2008 par HENOCQUE Thibault

Il avait prédit la crise financière de 1997. Depuis des années, il alertait sur les risques de la bulle immobilière aux Etats-Unis. L'économiste américain Paul Krugman a reçu lundi le prix Nobel d'économie, «pour son analyse des schémas commerciaux et de la localisation de l'activité économique», en pleine crise financière. Une prime à la clairvoyance? Chroniqueur pour le New York Times, il a plusieurs reprises utilisé sa tribune «Consience d'un homme de gauche» pour fustiger la politique de George Bush et s'exprimer sur le «credit crunch». D'autres lauréats américains se sont exprimés sur la crise. Tour d'horizon des prises de positions de cinq d'entre eux.

 

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(Cérémonie de remise des prix Nobel à Stockholm)
 
 
 

Paul Krugman: «La vraie réponse à la crise actuelle aurait dû venir de mesures préventives»

krugmanbig1012«La vraie réponse à la crise actuelle aurait dû venir de mesures préventives.  Il semble évident qu’il faut réguler les systèmes financiers opaques: une institution qui a soudain besoin d’être sauvée comme une banque, aurait dû être régulée comme une banque. Mais même en laissant ce point de côté, la question est:  comment se fait-il que nous ayons été si peu préparés au choc actuel?» (Tribune du New York Times du 14 septembre 2008 )

 

Le nouveau prix Nobel d’économie avait anticipé la précédente grosse crise financière, la crise asiatique de 1997. Il déclarait alors que la croissance asiatique relevait plus de la transpiration que de l’inspiration. A-t-il été aussi inspiré cette fois-ci ? Paul Krugman alerte en tout cas depuis plusieurs années sur les dangers de la bulle immobilière et ses dégâts possibles en cas d'explosion. Aujourd'hui, il regrette que rien n'ait été fait plus tôt.

 

 Pour sortir de la crise, Krugman se dit favorable à un nouveau New Deal. Outre un meilleur contrôle des systèmes financiers, il propose de redonner un rôle redistributif à la fiscalité – en augmentant l’impôt sur le revenu, l’imposition des plus-values et l’impôt sur les sociétés.

 

«Aujourd’hui, être libéral c’est être progressiste, et être progressiste implique nécessairement d’être partisan», écrivait Krugman dans son dernier livre (The conscience of a liberal, 2007). Le nouveau prix Nobel ne s’en cache pas : pourfendeur de l’administration Bush, il votera Obama le 4 novembre prochain.

 

 

Joseph E. Stiglitz : «Il faut changer le capitaine».

   

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  «Il y a un trou dans le bateau et l'urgence est de le réparer. Mais il faut aussi changer le capitaine. Ce bateau est conduit par un alcoolique, qui nous mène encore droit sur les rochers.» 

«Le plan Paulson consiste à faire une transfusion sanguine à un malade qui souffre d'une hémorragie interne.» (Libération, 11 octobre 2008 )

 

Récompensé en 2001 pour ses travaux sur les asymétries d’information qui rendent les marchés économiques imparfaits – avec Michael Spence et George A. Akerlof, ce professeur à Columbia a déjà eu l’occasion de travailler sur la politique économique des Etats-Unis. De 1993 à 1997, Joseph E. Stigltiz a été conseiller du président démocrate Bill Clinton, avant de devenir économiste en chef à la Banque mondiale. Très critique de l’institution, il l’a quittée en 2000. Il est de loin l’économiste nobélisé que l’on a le plus entendu sur la crise.

   


 

Michael Spence : «Nous n'avons pas pris la mesure du risque.»

   

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 «Le problème, c’est que les gens n’ont pas compris à quel point le système était risqué. Nous n’avions aucun moyen de le mesurer.»

 

 «Les gens mettront la priorité sur la stabilité financière. Je crois que nous pouvons prédire avec confiance que la régulation ne sera plus fragmentée de façon à ce que personne ne puisse saisir le système dans son ensemble. Il n’y aura plus non plus de grands secteurs non régulés – (comme les) fonds de pension (etc). Ils seront régulés et il leur faudra un minimum de fonds propres.» (The Daily Telegraph, 13 octobre 2008 )

 

Michael Spence a été récompensé d’un prix Nobel en même temps que Stiglitz. Agé de 65 ans, ce professeur à l’université de Stanford fait également partie de l’école des néokeynésiens américaine. C’est la question de la circulation de l’information, pour laquelle il a été nobélisé, qui est au cœur de son analyse de la crise actuelle.

 


 

Edmund Phelps : «Le plan Paulson ne réussira pas à nettoyer les bilans des banques».

   

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  «Il y a de nombreuses raisons de penser que le plan Paulson ne réussira pas à nettoyer les bilans des banques de sitôt. Cela pourrait même aggraver le fait que les banques sont quasi insolvables.» (Les Echos, 7 octobre 2008)

 

Edmund Phelps est professeur à l’université de Columbia. Ce néokeynésien s’est rendu célèbre pour sa théorie sur l’accumulation du capital. Celui qui inventé le concept de taux naturel de chômage s’est lui aussi beaucoup intéressé à la transmission de l’information sur les marchés. Comme Joseph Stiglitz, il est très critique de l’action du gouvernement.

 

 

 

Robert Solow: «Je suis surpris par l'ampleur des problèmes.»

   

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  «Il y a toujours eu un potentiel d’instabilité, mais je suis surpris de l’ampleur des problèmes que nous devons affronter. Je suis tout autant bouleversé que n’importe qui. Je n’ai pas de sagesse particulière à revendre». (The Houston Chronicles, 10 octobre 2008)

 Robert Solow, 84 ans, s’est rendu célèbre pour sa modélisation et sa théorie de la croissance économique. L’un des plus éminents membres de l’école néoclassique, ce professeur émérite au Massachussets Institute of Technology a reçu le Prix Nobel en 1987. Aujourd'hui, il fait plutôt profil bas sur le sujet de la crise.

 

Thibault Henocque et Hélène Levert.
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