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Les Couche-tôt fêtent la nuit parisienne

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 Article publié le 26-01-2010 par PHAM Lisa

Une pétition lancée en octobre dernier dénonce la mort de la vie nocturne à Paris. La Mairie de la capitale et les établissements de nuit s’adaptent à une société moins noctambule.  

 

la_flche_dor Photo : La Flèche d'Or

 
Les noctambules ont hâte. C’est un lundi soir de novembre. Une centaine de personnes attendent à l'entrée d'une salle de concert, rue de Bagnolet. « Laissez-nous passer, les jeunes ! » s'écrie un couple, agacé, en essayant de traverser le trottoir. Les voisins se plaignent déjà, dans une brasserie du coin: fini les nuits tranquilles. Vingt minutes plus tard, la foule entre, en bousculant les gardes de sécurité. La Flèche d’Or a officiellement rouvert. 

Endroit mythique et fief de la musique rock, cette salle de concert a fermé en avril dernier à cause des plaintes pour nuisances sonores. Les patrons ont dû dépenser environ 750 000 euros pour insonoriser la salle. La réouverture de la Flèche d’Or est un signe que la nuit parisienne n’est pas encore morte.

La nouvelle loi  qui généralise pour les discothèques de rester ouvertes jusqu'à 7 heures du matin pourrait aussi encourager les sorties tardives. Ces établissements n’ont plus le droit de servir d'alcool au-delà de 5h30.

Malgré ces changements, « la situation est toujours délicate », affirme Alexandre Gaulmin, chargé de communication de la Flèche d'Or.
 
Pendant les dernières années, des établissements de nuit tels que le Paris Paris, la Galérie et la Locomotive ont fermé leurs portes. Les causes de cette situation sont claires, au moins pour la presse : de plus en plus de réglementation, plus de plaintes déposées par les voisins et plus d’amendes pour les établissements de nuit. Depuis l'entrée en vigueur de la loi anti-tabac, les accros de la cigarette sortent pour fumer et font du bruit dans la rue.  En octobre dernier, deux organisateurs de soirées ont lancé une pétition déplorant la mort de la nuit parisienne. 

« Il est donc urgent d'interroger le cadre juridique et réglementaire qui régit nos activités », alertent les auteurs de la pétition à travers leur site web. Un groupe de soutien sur Facebook compte actuellement plus de 19 000 membres.  
 
Mais Joachim Roncin,  directeur artistique du Scopitone, pense que la situation n'est pas si grave. « On doit s’adapter », dit-il. Une nouvelle salle de concert à Paris, le Scopitone remplace la boîte de nuit le Paris Paris qui a fermé notamment pour des problèmes de nuisances sonores.

Les nouveaux propriétaires ont dû insonoriser l’endroit avant l’ouverture. « Il y a beaucoup de réprimandes et beaucoup de lois, mais il faut se battre malgré tout pour que les choses avancement positivement. »  

M. Roncin préfère ne pas révéler le montant des coûts d’insonorisation, mais confirme qu'il s'agit d'un gros investissement comparable à celui de la Flèche d’Or. « A échelle réduite, certes, parce que notre salle est plus petite », précise-t-il.  

Contrairement au Paris Paris, le Scopitone commence leurs soirées plus tôt et reste ouvert jusqu’à 2h, ce que M. Roncin voit comme un avantage plus qu'une contrainte: « J’exploite le lieu différemment. »  
 

L’évolution de la vie nocturne parisienne 

En juin dernier, dans le cadre d'une étude commandée par la Mairie de Paris et la Chambre syndicale des cabarets artistiques et discothèques (CSCAD), l’Ecole de Guerre Economique (EGE) a comparé le tourisme nocturne parisien avec celui d'Amsterdam, Barcelone, Berlin et Londres. Le rapport relègue la capitale française au dernier rang. « La vie nocturne parisienne dispose de nombreux atouts qui ne sont pas exploités à leur juste valeur », affirment les auteurs de l’étude.  
 
L'excès de réglementation serait le principal responsable de cette situation. Depuis 2006 les bars, restaurants et lieux festifs à Paris doivent avoir un « permis d'exploitation » pour pouvoir rester ouverts pendant la nuit. Parmi les obligations que ces établissements doivent respecter, une limitation du volume maximum pour la musique et la fermeture des terrasses à deux heures du matin.

Ces réglementations ont mis beaucoup de pression sur les établissements. La Maroquinerie, par exemple, a décidé d’arrêter la programmation des nuits clubbing depuis octobre dernier. La Maroquinerie accueille toujours les concerts. Les organisateurs ont récemment rédigé une demande d'autorisation qui permettrait d’ouvrir en nocturne sur une formule clubbing; ils attendent une réponse de la Préfecture.

Un article du Figaro constate que 198 autorisations de nuit ont été délivrées par la préfecture de Paris au 1er semestre 2009, selon Bruno Blanckaert, directeur du Grand Rex et président de la CSCAD. En outre, l’article dit que depuis l’interdiction de fumer dans les lieux publics, en janvier 2008, le chiffre d'affaires du secteur a chuté de 20 %.   

Petit à petit, la Mairie de Paris a pris quelques mesures afin de relancer la vie nocturne. En novembre, le site d'information en anglais et français Parisnightlife.fr, spécialisé sur les sorties de nuit, a été lancé dans le cadre de la campagne Passe Nuit.   

Un porte-parole de la Mairie de Paris a refusé de publier les statistiques sur le trafic du site. « Pour le moment, il est un peu trop tôt pour parler de chiffres », s'est-il justifié par courriel. Audrey Epèche, consultante dans le secteur du tourisme, dit que Paris compte 7 500 bars, boîtes de nuits et salles de concerts, selon un article dans le New York Times. Seuls 302 de ces établissements sont indexés sur le site Parisnightlife.fr. En revanche Qype, un site hyperlocal, fournit plus de 2 200 adresses pour les bars parisiennes.   

La campagne Passe Nuit n’existe que sur la Toile. 100 000 exemplaires d’un guide papier sur les endroits pour sortir ont été distribués dans les lieux touristiques, les kiosques jeunes et les bibliothèques.   

Les mairies d'arrondissement de Paris participent aussi à la promotion de la vie nocturne, pourvu que cela ne dérange pas les voisins. La Mairie de Paris a mis en place plusieurs "équipes de médiation" qui surveillent les rues de certains quartiers entre 16h et minuit. Elles interviennent en dernier recours, avant d'appeler la police, en cas de nuisances sonores. « Ça ne marche pas toujours, mais c’est une stratégie à long terme », a dit Mao Peninou, conseiller délégué chargé des relations avec les corps de sécurité, de la prévention et du civisme,  lors d'une une réunion publique en janvier.
 

Sortir tôt pour travailler le lendemain 

Tous les établissements contactés partagent l'idée que les nuits parisiennes sont de moins en moins animées. 

« Nous sommes indirectement touchés », explique Lucie Buathier, coordinatrice de l’association Paris Jazz Club. « Moins de lieux pour sortir, moins de gens qui sortent », dit-elle. L’association a été fondé en 2006 afin de promouvoir le jazz en Ile-de-France. Les quatre clubs de jazz de la rue des Lombards – le Baiser Salé, Sunset-Sunside et le Duc des Lombards – ont été réunis dans ce réseau commun du fait de leur proximité. Actuellement l’association cherche à élargir son cercle, y compris en banlieue.

Mlle. Buathier dit que Paris est la deuxième capitale du jazz mondial, après New York, en raison de l'importance historique de cette musique dans la capitale française, et aussi à en juger par le nombre d'événements programmés chaque mois : il y en a 400 en moyenne en Ile-de-France. Pour dynamiser l’ambiance nocturne, l’association Paris Jazz Club lancera un agenda qui regroupe tous les événements de jazz à Paris. Comme le guide Parisnightlife, le programme sera imprimé et distribué dans des lieux touristiques.   

En outre, l’association Paris Jazz Club a monté il y a deux ans un partenariat avec un parking pour que les clients des clubs puissent garer leurs voitures à bas prix. « Les concerts sont quelquefois programmés plus tôt qu’avant parce que les spectateurs n’ont pas envie de rester tard », explique Mlle. Buathier.  

Une boite de nuit transformée en bar sportif, rue Montmartre, confirme la tendance des fêtards à vouloir se coucher plus tôt. La Galérie a rouvert il y a un an sous un nouveau nom; au Players, des écrans géants passent les match de foot et de rugby. Sa clientèle a complètement changé. A partir de février, le bar lancera une soirée de salsa, et relancera une soirée de « After Work » dans l’espoir d’attirer la foule.  
 
Les soirées « After Work » ont commencé à Paris en 2001, inspirés par des événements similaires à New York et Berlin. L’idée est simple : les cadres veulent sortir mais doivent travailler le lendemain matin. Pour cette raison, la fête commence à 19h et finit à 1h du matin, plutôt que de minuit à 6h.   

Le succès de ces soirées a poussé plusieurs boîtes de nuits à proposer des rendez-vous « After Work ». Malgré la fermeture de certains établissements, de nouveaux lieux continuent d'adopter la nouvelle formule "couche-tôt". Seven2One, la marque qui a lancé cette mode en France, se trouve désormais dans de nombreuses autres villes. « Les nuits ne sont pas mortes, dit Julie Seven, une porte-parole, mais aujourd'hui les gens préfèrent sortir plus tôt pendant la semaine ». Dans cet esprit, l’ancienne boite de nuit La Locomotive sera rebaptisée La Machine du Moulin Rouge à la fin du mois, et les concerts commenceront à 19h. 

Mais tous ne se plient pas à la tendance générale. Des boîtes « after », où les fêtards peuvent continuer les soirées au petit matin, existent toujours. Les clients d’un petit bar à Bastille sont nombreux et la salle est remplie pendant le week-end, selon les serveurs. Les haut-parleurs diffusent de la musique hip-hop. Bien sûr, les voisins se plaignent et parfois ils appellent la police. Mais le bar va-t-il changer ses habitudes pour autant? Pas du tout, répondent les serveurs. Ça fait partie de la vie nocturne.  

Lisa Pham
 
 

Les nuits parisiennes n’attirent plus les touristes

Paris reste une des premières destinations touristiques au monde, mais que cherchent les visiteurs étrangers dans la capitale française ? « Les musées et l’architecture », répond Philip, 29 ans, qui vient de Monaco. « Je marche beaucoup  le matin, donc le soir je me repose. » Il n’est pas seul, parmi les touristes, à préférer les musées parisiens aux bars et aux boîtes de nuit. « Paris est une ville romantique », selon Maria, 19 ans. Elle a visité le Louvre, l’Arc de Triomphe et Notre Dame avec deux amies italiennes. La Tour Eiffel, le Moulin Rouge et les galeries Lafayette feront tout aussi partie de leur itinéraire. Pour eux, Paris c’est d’abord les arts et les boutiques. Pour les boîtes de nuit, il vaut mieux aller à Londres ou Barcelone. « Les établissements nocturnes regrettent de compter trop peu de visiteurs étrangers parmi leur clientèle », déclare la Mairie de Paris. -L.P.

 
 

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