Accueil

Herman Van Rompuy, le «charismatique Président du Conseil européen»

Version imprimable Suggérer par mail
par DENIS Daphnée

  photos_hvr

Décrit par les eurosceptiques comme ayant «le charisme d’une serpillère humide et l’apparence d’un petit employé de banque» (cf. la confrontation en février 2010 avec Nigel Farage, leader du parti pour l’indépendance du Royaume-Uni), Herman Van Rompuy, Président du Conseil européen, n’est pas très connu du grand public.

 

Invité à Sciences Po Paris le 20 septembre pour parler des « défis de l’Union européenne», il s’est montré «confiant» en l’avenir et... plutôt drôle.

 

Crédit: DR/Sciences-Po

 

 

«…Et pourtant, elle tourne»

 

Dès le début de son intervention, le ton est clair: l’heure est à l’optimisme, «même si ce n’est pas politiquement correct» de dire du bien de l’Europe en ce moment. A ceux qui se désespèrent de la lenteur de la machine européenne, il répond avec Galilée «…et pourtant, elle tourne». A Charles Kupchan, professeur de relations internationales à l'université de Georgetown qui a récemment enterré le Vieux Continent dans le Washington Post, il préfère citer l’écrivain Mark Twain, en anglais dans le texte: «the reports of my death have been greatly exaggerated» («les annonces de ma mort sont considérablement exagérées»). C’est officiel: Herman Van Rompuy a de l’humour. Dans une construction européenne qui est loin d’être terminée il s’agit, dit-il, de chercher une «européanisation des politiques nationales», car le projet communautaire ne s’est jamais fait contre les nations.  Après avoir déridé la salle, le Président en vient aux défis annoncés: d’une part, la gouvernance économique de l’Europe, de l’autre, ses relations internationales.

 

Roms, extrême droite, modèle social: Van Rompuy répond aux étudiants from Web Sciences Po on Vimeo.

 

 

Trois leçons sur la crise de l’eurozone pour la «tortue européenne»

 

Van Rompuy est d’un europtimisme à toute épreuve. De la crise de la zone euro au printemps 2010, il dit qu’il faut tirer les leçons essentielles, mais que, somme toute, cet épisode illustre l’avancée de la «tortue européenne, lente mais persévérante».  Au milieu de la tourmente, les 16 chefs d’Etat de l’eurozone ont su tout mettre en œuvre pour sauver la monnaie commune, ainsi que l’Europe, dont les sorts sont indéniablement liés. Il faut cependant savoir réagir à une nouvelle crise. Pour cela,  il faut, dit-il, accepter le «péché originel» de l’Union monétaire, celui de l’absence d’une Union budgétaire pour la compléter. Cette dernière n’est toujours pas d’actualité, même après le sommet européen du 16 septembre. Mais cela ne signifie pas la mort de l’euro, simplement le besoin d’une surveillance renforcée pour éviter les erreurs du passé. Il insiste également sur le besoin de «tirer les ministres dans le bain» et tendre à un équilibre entre transfert de pouvoir aux instances européennes et participation nationale à l’Europe.

 

Dernière leçon à tirer de la crise, l’importance essentielle du Conseil européen. Pour Van Rompuy, le Conseil permet aux chefs des vingt-sept Etats membres de trouver un commun accord qui, loin de menacer la méthode communautaire, en est l’élément-clé.  Pas de surprise, on imagine difficilement le Président même du Conseil cracher dans la soupe. Reste que son rôle, si «vaguement défini, lui a permis de devenir le président de facto de la réunion d’Etats de l’eurogroupe, et d’obtenir un accord des vingt-sept sur les décisions prises en comité réduit. La preuve que le consensus, ça marche, et qu’il faut renforcer la coopération des institutions au lieu de les opposer, reprend-t-il.

 

«L’avancement de l’Union se fait jour par jour, mais pas au jour le jour»

 

Puis Van Rompuy se montre plus prudent. Oui, l’Europe a perdu son rayonnement extérieur «par la force des choses» après la guerre froide. Et oui, si la Chine est pour nous «un partenaire stratégique… on n’a pas encore une bonne stratégie».  Pas la peine de désespérer pour autant, avec 49 milliards de donations et treize missions de gestion de crises, l’Europe donne mondialement l’exemple de la démocratie, veut rassurer le Président du Conseil européen.

 

«Un belge, ça ne peut pas être complètement mauvais»

 

A la fin de son discours, Van Rompuy reçoit une salve d’applaudissements chaleureux. Soit la salle est très polie, soit le Président a réussi à insuffler un peu de son europtimisme, de sa volonté d’action, à l’amphithéâtre Boutmy. Il est vrai que par moments sa confiance en Bruxelles, tant au plan national qu’européen, semble aveugle: interrogé sur le sort de la Belgique, il répond qu’elle «est coriace, comme l’Europe, croyez-moi».  Quand on lui pose la question de la visibilité de son rôle à l’international, il répond qu’il ne pense pas que la répartition des rôles soit mal faite, que la présidence du Conseil et celle de la Commission fonctionnent bien séparément… et qu’il est persuadé qu’il «mourra sous le Traité de Lisbonne… ce qui ne veut pas dire bientôt». 

 

Bilan: une audience séduite par celui qui se présente comme le «charismatique Président du Conseil européen». L’autodérision s’avère payante, à en croire les murmures approbateurs à la fin de la conférence: «Je me disais bien, un belge ça ne peut pas être complètement mauvais».

  

Edition: Victoria Alvares

Commentaires
Rechercher
Seul les utilisateurs enregistrés peuvent écrire un commentaire!

3.26 Copyright (C) 2008 Compojoom.com / Copyright (C) 2007 Alain Georgette / Copyright (C) 2006 Frantisek Hliva. All rights reserved."



 
< Précédent