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Brigitte Grésy: "Les médias offrent un modèle de femme inaccessible"

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 Article publié le 01-10-2010 par PASQUESOONE Valentine

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Quelle représentation des femmes les médias français offrent-ils à leur public? Pas celle qui correspond aux femmes de la société, répond Brigitte Grésy, inspectrice générale des affaires sociales et membre de l'observatoire de la parité, invitée à donner une master class à l'Ecole de journalisme de Sciences Po ce jeudi 30 septembre.   

 

Résumé...

Rapporteure de la Commission de réflexion sur l’image des femmes dans les médias, Brigitte Grésy a repris les grands points d’un rapport sur le sujet qu’elle a réalisé il y a deux ans. 

 

L’objet de ce rapport? Observer les représentations du genre féminin dans les différents médias français (presse écrite, radio et télévision). Un travail d’observation uniquement basé sur la journée du 15 mai 2008. Pourquoi ce choix ? Le 15 mai, explique le rapport, «est le jour de la grève des enseignants». Une profession en majorité exercée par des femmes, qui pose aussi le sujet des gardes d’enfants. L’événement inciterait donc, à priori, les journalistes à parler davantage des femmes ce jour-là.

 

Bilan: «il y a un décalage important entre la place réelle des femmes dans la société, et leur image renvoyée dans les médias», annonce-t-elle. Charge à elle de «regarder les stéréotypes, les débusquer. Et faire des propositions» pour changer la donne.

 

Pour étudier le traitement médiatique de ces femmes, Brigitte Grésy a établi une grille de critères précis, dont la présence, expression, identification et critères de présentation physique des femmes dans les médias étudiés.

 

Les stéréotypes, «ces éléments de confort formidables»

   

D’abord, la presse féminine française. Si Elle souhaite «donner aux jeunes femmes le moyen de construire leur ego», Glamour s’attache à parler essentiellement de «plaisir et de désir». Madame Figaro, enfin, «commence à traiter des questions d’égalité professionnelle entre hommes et femmes». Question de contrats de lecture différents selon ces magazines féminins? Pas seulement. Les chiffres parlent d’eux mêmes. Dans les magazines féminins, déclare Brigitte Grésy, 86% des femmes représentées sont «très jeunes», 93% sont «très minces», et 50% sont blondes, (alors qu’à l’échelle de la société française, on ne compterait que 10% de blonds). Pour Brigitte Grésy, c’est la «dictature de la beauté unique», vecteur d’insécurité, de culpabilité pour les femmes. «C’est très grave pour la construction des identités sexuées des jeunes filles», assène-t-elle. Mais elle insiste aussi sur «cette extraordinaire absence de femmes représentées dans des postes de pouvoir». Comme si, pour plusieurs titres féminins, pouvoir et féminité entraient en contradiction.

 

Ce qui manque aux femmes telles qu’elles sont représentées dans les magazines féminins c’est la mention d’un statut social, des responsabilités. «On masque les stéréotypes sous un discours de modernité». Autre problème: la presse féminine cache un problème «fondamental», celui du «non  partage des tâches domestiques».

 

 «Il y a une responsabilité des médias »

 

Côté radio, ce n’est pas forcément mieux: à l’antenne, les femmes seraient davantage «témoins qu’experts».  Le 15 mai 2008 sur France Inter, 82% des experts entendus étaient des hommes. Et sur RTL, le temps de parole des experts masculins était 26 fois plus long que celui des femmes. La raison? « Les médias travaillent dans l’urgence. Ils connaissent leurs bons clients, les bons interlocuteurs pour traiter un sujet vite. Parmi ces experts, peu sont des femmes ». "Il faut prendre le risque", ajoute-t-elle, "de faire appel aussi à d'autres clients, à des femmes". 

 

A la télé, les principales chaînes françaises «ne font pas si mal». Mais là encore, au soir du 15 mai 2008, «le sérieux d’Arte se faisait avec des hommes, et l’émotion des émotions de M6 passait par les femmes». Les journaux télévisés ne sont pas en reste. On parlera, par exemple, d’une femme plombière vivant sur l’île d’Ouessant de la manière suivante: «amoureuse des paysages» / «vient de quitter sa famille» / «en manque d’après-midi shopping».

 

La publicité pose elle aussi des questions de représentation. Brigitte Grésy note néanmoins un progrès: «De l’image de la ménagère, nous sommes passés à celle, terrible, de la superwoman pendant les années 1990. Aujourd’hui, bilan plus positif, la femme est devenue manager de sa vie». Si les spots publicitaires sont souvent décriés comme des vecteurs de reproduction des stéréotypes, certains osent néanmoins, désormais, la déconstruction, voire la dérision.

 

«L’égalité transcende toute catégorie»

 

Face à ces réalités, faut-il pourtant prôner la parité comme solution exclusive? Si elle s’avoue être un peu «madame Quota», Brigitte Grésy tempère: «Mettre du 50/50 partout n’a aucun sens. Les femmes ne sont pas une catégorie. Mais leur mise à l’écart ne se justifie en rien non plus». «Les objectifs chiffrés de progression», conclut-elle, «sont nécessaires au rétablissement d’un équilibre». 

 

Un récent rapport du GMPP (Global Media Monitoring Project) va dans le même sens que l’étude de Brigitte Grésy. Mais à l’échelle mondiale cette fois. Selon ce rapport, «les femmes n’apparaissent que dans un quart des informations, et principalement sur des thèmes liés à la santé, au social à la famille.  Jamais, quasiment jamais en économie ou politique».

 

 

*Il faut également noter que Sciences Po a lancé en mai 2010 le programme PRESAGE, programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le «genre», sous la direction de Françoise Milewski et d’Hélène Périvier.

 

Et vous, trouvez-vous que les médias sont-ils à l'origine d'une image dégradée des femmes?

 

 
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