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Les dessous de Wikipédia, mode d'emploi

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par Martin Fossati et Maud Carlus

Sur Wikipédia, qui repose sur sa communauté de contributeurs, pas de structure pyramidale, ni hiérarchisée. Tout le monde est logé à la même enseigne, et pour cause, tous les contributeurs sont bénévoles. En France, il n’existe qu’un seul salarié dans toute la machine Wikipédia. Il oeuvre pour la fondation Wikimedia, qui vise à promouvoir l’encyclopédie, sans toutefois y intervenir. Par ailleurs, toutes les décisions sont prises de manière collégiale. Mais qui tranche en cas de guerre d'édition entre contributeurs? Qui intervient en cas de vandalisme d'une page? Comment sont gérées les pages dites sensibles? Détails sur le fonctionnement de la plus grosse encyclopédie en ligne.

 

>> Lire aussi: pourquoi ne peut-on pas vandaliser la page Wikipédia de Nicolas Sarkozy (ou celle de Martine Aubry)? >>

 


 

Qui veille au bon fonctionnement de l’encyclopédie côté français?

Il existe deux instances de surveillance permanente: d’une part, les administrateurs, sortes de contributeurs “évolués”, au nombre de 188 sur le Wikipédia français. Parmi eux, certains sont des administrateurs dits “techniques”, qui n’ont pas de pouvoir éditorial. D’autre part, on trouve également un comité d’arbitrage.

Que font-ils?

Ils peuvent juste entrer dans la discussion - afin de mettre d’accord des contributeurs sur le contenu d’une page, en passant par le blocage d’un contributeur au comportement “malfaisant”, jusqu’au bannissement pur et simple. Un cas “extrêmement rare”, précise toutefois Christophe Henner, de la fondation Wikimedia.

 

A quoi ressemble une “guerre d’édition”?

Celle-ci consiste en l’affrontement éditorial de deux ou plusieurs contributeurs ayant des points de vue opposés, et qui ne cessent de modifier la page dans l’espoir d’avoir le dernier mot. Dans ce cas, les administrateurs interviennent et entament une discussion avec les personnes concernées afin de mettre un terme aux incessantes modifications sur la page.

 

Mais là encore, Wikimedia insiste sur la rareté de tels faits. “Les guerres d’édition sans aucune discussion sont rares, car dès qu’elles commencent, un administrateur ou un simple contributeur va entamer spontanément le dialogue et régler le conflit”. 

 

Néanmoins, cela arrive. L’un des exemples les plus célèbres est certainement celui de la page concernant le réacteur pressurisé européen, thème abordé lors du débat entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy lors des présidentielles en 2007. Leurs propos avaient déclenché des discussions enflammées entre les contributeurs, pour savoir, entre autres, si le fameux réacteur était de troisième ou de quatrième génération. Résultat: “ 40 modifications en moins de 2 heures”. 


Les querelles se sont soldées par l’intervention d’administrateurs. Afin de trancher, ceux-ci se sont rendus à la source, à savoir, le site Internet d’Areva, constructeur du réacteur.

Lorsque les administrateurs ne parviennent pas à résoudre un conflit, le comité d’arbitrage intervient.

Que se passe-t-il en cas de vandalisme, et qui intervient?
Il arrive que certains contributeurs s’amusent à mettre la pagaille dans des pages, par exemple retirer des informations sur des articles, insérer des blagues ou des éléments erronés... Bref, ils détériorent la qualité de l’encyclopédie.

Une fois que le vandale virtuel est identifié, les administrateurs peuvent le bloquer, donc l’empêcher de contribuer à Wikipédia. Mais Christophe Henner tempère: “Avant de bloquer un contributeur, on va toujours parler avec lui. Si au bout de trois avertissements, il s’obstine, on peut décider de le bloquer pour une durée limitée".

 

 



 

Dans des cas d’extrême incivilité, l’utilisateur peut être banni de la communauté wikipédienne. C’est alors le comité d’arbitrage qui prend cette décision. Ce dernier est composé d’une dizaine d’administrateurs élus par la communauté, renouvelé par moitié tous les six mois. Il est le dernier recours en cas de litige (guerre d’édition, vandalisme à outrance, bannissement...). Toutes les décisions sont prises par consensus, personne n’est érigé en arbitre ultime.

Comment se passe la gestion des pages dites sensibles?

Il y a plus d’un million d’articles en français sur Wikipédia. Mais seule une petite fraction est sujette au vandalisme, comme le précise Christophe Henner. “Peut-être une dizaine ou une petite centaine de pages posent problème. En termes de volume, c’est peu. Celles qui sont le plus sujettes au vandalime sont celles qui abordent la politique, la législation, ou l’action gouvernementale. Tout ce qui est scientifique est également sensible, par exemple les thèses créationnistes ou évolutionnistes.”

Pour celles-ci, il existe deux types de protection. Les pages “semi-protégées”, au nombre de 404, parmi lesquelles on trouve Jacques Chirac, Jean Sarkozy ou encore Les Télétubbies... Ce type de protection “empêche les utilisateurs non-enregistrés (dont l’adresse IP est le seul élément de leur identité) et ceux avec un compte créé il y a moins de 4 jours de modifier” la page.

Un article est protégé (totalement) lorsqu’il est “l’objet d’un important désaccord entre participants et ne peut temporairement pas être modifié”, tel que cela apparaît sur Wikipédia. On en compte une dizaine.





Un système de surveillance constante est en place permettant aux administrateurs de suivre la moindre modification abusive des pages sensibles. La page de Nicolas Sarkozy est par exemple actuellement soumise à un règlement spécial. En effet, à la suite de récentes guerres d’édition, il est rappelé en tête d’article la règle des trois révocations, applicable à tous les contributeurs. Celle-ci interdit aux utilisateurs de réaliser plus de trois modifications en moins de 24heures sur le même article.





Un arsenal de règles et outils à disposition des contributeurs masqués, afin que Wikipédia ne devienne un immense champ de batailles entre caviardeurs de tous poils.

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