Le football français peut-il vraiment entrer en grève ?

 Article publié le 18-10-2013 par Antoine Lhermenault

En brandissant la menace d'une entrée en grève pour protester contre l'application de la taxe à 75%, les clubs français risquent de se heurter à plusieurs obstacles.

 

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A l'instar des autres stades de Ligue 1, le Parc des Princes pourrait être déserté les 26 et 27 octobre prochains.

FlickR/CC/Psgmag

 

Le football français n'avait pas connu ça depuis 1972. Les clubs professionnels menacent de faire grève lors du week-end des 26 et 27 octobre. Ils se disent exaspérés par la possibilité de voir la taxe à 75% s'appliquer à des clubs déjà en difficulté. Dans un pays où "65% des revenus du football reviennent déjà à l’Etat, directement ou indirectement", selon Jean-Louis Triaud, président des girondins de Bordeaux, cette menace de grève est à prendre au sérieux. Pourtant, de la ministre des sports, Valérie Fourneyron, aux diffuseurs, Canal+ et BeIN Sport, nombreux sont les acteurs à juger une telle action illégitime.         

 

Une contribution estimée à 44 millions d'euros

 

Reste que la colère des clubs professionnels, particulièrement de l'élite, s'intensifie. "Cette taxe est mortifère pour le football français. L'exaspération des présidents est à son comble", explique le président de la Ligue de football professionnel (LFP), Frédéric Thiriez. "Elle met en péril tout le monde alors que le football français est déjà en déficit. Si la L1 s'affaiblit économiquement, elle aura moins de moyen pour recruter, les droits télé chuteront encore, la L2 en pâtira. Et je rappelle qu'il y a 25 000 emplois directs ou indirects à la clé", renchérit le président du Havre AC et du syndicat, Jean-Pierre Louvel. A l'image de plusieurs présidents de clubs de L1, Bernard Caïazzo, dirigeant de l'AS Saint-Etienne, tire également la sonnette d'alarme : "Pour plusieurs clubs, c'est une question de survie."

 

Dans le détail, seuls les quatorze clubs versant des salaires de plus d'un million d'euros seront amenés à participer à l'effort fiscal national. Pour ceux-là, la taxation serait plafonnée à 5% de leur chiffre d'affaires. Selon une étude réalisée par la LFP, les contributions annuelles cumulées s’élèveront à 44 millions d'euros, répartis de la manière suivante : 

 

 

 

Source : LFP / Copyright : Antoine Lhermenault

 

Cette concession des 5% faite par le gouvernement n'est cependant pas du goût de tout le monde. Comme nous l'explique Pascal Perri, consultant économique à RMC, "pour certains clubs historiques, cela ne devrait pas changer grand chose". Des clubs tels que l'Olympique lyonnais ou l'AS Saint-Étienne, qui ne bénéficient pas de l'effet de plafond, devraient payer à peu près autant que si les revenus des joueurs supérieurs à un millions d'euros étaient imposés à 75%, comme le prévoyait la première mouture de la taxe. A l'inverse, le PSG, qui compte de nombreux très hauts salaires, jouit d'un véritable avantage.

 

La ministre des Sports « navrée »

 

Du côté de l'exécutif, hors de question, pour l'heure, de céder. La ministre des Sports, Valérie Fourneyron, en marge d'une réunion à Marseille sur l'Euro 2016, a rappelé au football français combien l'opinion pourrait être sévère à leur égard : "A l'heure où tous les Français participent à l'effort de redressement, les Français ne comprendraient pas que le football professionnel vu comme un secteur privilégié ne participe pas à l'effort collectif." 

 

 

D'un point de vue économique, une grève ne serait pas non plus sans conséquences pour les clubs professionnels, comme l'explique Le Figaro. Outre l'absence de recettes de billetterie, la LFP et ses membres risqueraient des pénalités financières pour non-respect du contrat qui les lie aux diffuseurs Canal+ et BeIN Sport : à l'exception de raisons météorologiques, aucune clause ne prévoit le report d'une rencontre de football. Pendant ce temps, les joueurs seraient difficilement enclins à renoncer à leur salaire par solidarité : "Il n'existe aucune raison qu'ils ne soient pas payés", explique l'Union des footballeurs professionnels. Difficile, dans ces conditions, de persévérer dans un rapport frontal : "Notre préférence va vers des positions censées et négociées", tempère finalement Jean-Michel Aulas, président de l'Olympique Lyonnais.



 

Léonarda : les mensonges qui jettent le trouble sur la famille Dibrani


L'expulsion médiatisée de la collégienne kosovare ainsi que de sa famille a déclenché une vague d'indignation à gauche, avec des appels à la démission de Manuel Valls. Mais les révélations autour de Resat Dibrani, le père, jettent le trouble. Et embarrassent le gouvernement. 

 

 

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 Resat Dibrani, père de Léonarda, interviewé par BFM TV le 17 octobre 2013 à Mitrovica (Kosovo).
 
 

Qui sont vraiment les Dibrani ? Chaque jour dévoile un peu plus la complexité de la situation de cette famille expulsée de France, et dont la cadette, Léonarda, a été arrêtée le 9 octobre lors d'une sortie scolaire. Leur sort a déclenché une vague d'indignation à gauche. Mais un peu plus d'une semaine plus tard, c'est le portrait d'un père violent et menteur qui est dépeint. 


Arrivés illégalement en France en janvier 2009, les deux parents vivaient dans le Doubs avec leurs six enfants. Tous étaient scolarisés depuis environ trois ans, comme l'explique Le ParisienLéonarda (15 ans) était élève au collège André-Malraux à Pontarlier, et sa soeur Marija (17 ans) effectuait un CAP restauration-hôtellerie. 

 

Venus d'Italie et non du Kosovo


La famille se disait Kosovare, mais le père, Resat Dibrani, a reconnu avoir menti aux autorités française pour obtenir l'asile : lui seul est en réalité originaire du Kosovo, qu'il aurait quitté en 1973 ou 1974. Le reste de la famille, femme et enfants, est né en Italie. Resat Dibrani a raconté jeudi17 octobre avoir détruit ses papiers italiens pour ne pas être renvoyé en Italie.

Pour étayer son dossier de demande d'asile, Resat Dibrani a également acheté un faux certificat de mariage pour 50 euros à Paris, en 2011, comme il le reconnaît dans cette vidéo au micro de BFM TV :

 

 

 

Resat Dibrani, un homme "rageux", "bagarreur"

 

Le père de Léonarda est par ailleurs décrit par beaucoup comme un homme violent. Sa femme a porté plainte au début de l'année 2013 pour violences, et le porte-parole du comité de soutien aux sans-abris de Pontarlier, Gérard Guinot, affirme au Huffington Post que Resat Dibrani a "eu des problèmes avec la justice car il avait tapé ses filles". Il ajoute que ces dernières ont dû être placées en foyer pendant deux semaines, pour leur protection. D'autres témoignages anonymes, relayés par Le Monde confirment cette thèse, décrivant le père comme un homme "rageux", "bagarreur". Léonarda confirme enfin avoir été frappée, seulement à deux reprises selon elle.


La famille Dibrani vit à présent à Mitrovica, au Kosovo, mais n'est pas sans toit, comme l'avait affirmé Léonarda. La famille est logée dans une petite maison, et le loyer et la nourriture lui seront payés pendant un an indique France Info.

 


 

Ne parlant pas la langue locale et découvrant pour la première fois un pays où elle n'a aucune attache, Léonarda fait aujourd'hui part de son "cauchemar", et explique ne souhaiter qu'une chose : revenir en France et reprendre les cours.



 

Manuel Valls finalement renforcé ?

 

Face à ces nouveaux éléments, le gouvernement tente de se sortir de l'embarras dans lequel cette affaire l'a plongé. Vilipendé par une partie de la gauche, Manuel Valls est malgré tout soutenu par l'Elysée. Jean-Marc Ayrault affirmait mercredi à l'Assemblée qu'en cas de faute démontrée par les résultats de l'enquête administrative, attendus vendredi après-midi, dans la procédure d'expulsion, la famille pourrait revenir en France.


Une position difficilement tenable après les révélations faites jeudi par le père. Personnalité politique préférée des Français, le ministre de l'Intérieur et sa ligne de fermeté pourraient finalement sortir renforcés de l'affaire Léonarda. Mais François Hollande ne pourra sans doute pas faire l'économie d'un geste d'apaisement. La sanctuarisation des écoles en matière d'expulsions est notamment évoquée. C'est, encore une fois, à un numéro d'équilibriste que le président de la République est confronté.




 

Leonarda : l'affaire de trop pour Manuel Valls ?

 Article publié le 17-10-2013 par Antoine Lhermenault

L’annonce de l’expulsion d'une collégienne d’origine kosovare, arrêtée par la police mercredi 9 octobre au cours d’une sortie scolaire, provoque un nouveau débat au sein de la majorité autour de la position du ministre de l’Intérieur.

 

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  Manuel Valls, contesté à gauche, a appelé "chacun à garder son sang-froid".

 FlickR/CC/Fondapol

 

Deux semaines seulement après son altercation avec la ministre du Logement, Cécile Duflot, au sujet de l’intégration des Roms en France, Manuel Valls est à nouveau bousculé au sein de la majorité. En cause, l'expulsion vers le Kosovo le 9 octobre de Leonarda, une collégienne de Levier (Doubs). L'adolescente de 15 ans a été interpellée par la police alors qu'elle participait à une sortie scolaire. 

 

L’aile gauche du Parti socialiste n'a pas hésité à renouveler un rapprochement entre les propos du ministre de l’Intérieur et ceux de l’extrême droite. "La honte, c’est maintenant ! Rendons Valls à Le Pen. Vivement la gauche en France !", s’est ainsi emporté sur Twitter Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche). "Cette rafle et ces expulsions sordides rappellent qu'en matière de chasse aux sans-papiers, Valls vaut Hortefeux et Guéant, et que Hollande vaut Sarkozy. Tous courent après le Front national", ajoute dans un communiqué Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière).

 

Certains réclament le départ du ministre

 

Au PS, ce n’est pas tant l’expulsion de la jeune Leonarda qui pose problème que le modus operandi. "Faire descendre d'un bus par les forces de l'ordre une élève devant l'ensemble de ses camarades de classe est insupportable et inacceptable", juge le porte-parole de la rue de Solférino, David Assouline. Sur le même ton, le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, rappelle qu'il y a "des valeurs avec lesquelles la gauche ne saurait transiger". "Il n’est pas interdit d’être humain", résume sur son blog Jean-Christophe Cambadélis, député PS de Paris.

 

Plusieurs membres de la majorité s’interrogent ainsi sur la place du ministre de l’Intérieur au sein du gouvernement. Frédéric Hocquart, secrétaire national du PS à la Culture, va jusqu'à réclamer sur Twitter son éviction. 

 

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Une enquête administrative déterminante ?

 

Regrettant "une polémique stérile, inutile", Manuel Valls assure que la reconduite de la jeune collégienne s’est "déroulée dans le respect du droit et des personnes". Surtout, il estime "possible pour tout le monde de se retrouver autour de ces principes de fermeté et d'humanité".

 

  

   

 A gauche, le ministre semble pourtant de plus en plus isolé. Même Jean-Marc Ayrault, jusqu'alors dans une position de protection vis-à-vis de son ministre, a demandé l’ouverture d’une enquête administrative, rappelant, comme un premier désaveu, que « les arrêtés n’autorisent pas l’interpellation des enfants dans l’enceinte scolaire ». Si l’enquête révèle « une faute », la reconduite sera « annulée », assure le Premier ministre. François Hollande, conscient de la popularité de l'ancien maire d'Evry, temporise : "Il faut y voir plus clair avant de commenter les faits."

 

Avec 56% d'opinions favorables, en hausse de 8 points par rapport au mois dernier selon la dernière enquête Ipsos-LePoint, Manuel Valls est la personnalité politique préférée des Français. Une réalité que n'ignore pas l'Elysée, qui souhaite faire de lui un rempart contre le Front national, comme l'explique Le Figaro. Dans ces conditions, et malgré l'agitation, difficile d'imaginer le chef de l'Etat désavouer complètement son ministre.

 

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