Thomas Legrand : "Internet oblige les hommes politiques à être plus cohérents"

par LE CAIN Blandine

"Le monde a changé." Le constat semble évident. C’est pourtant ainsi que Thomas Legrand a tenu à débuter sa master class à l’École de journalisme de Sciences Po, ce jeudi 3 février. Pour l’éditorialiste politique de France Inter, « Internet et le numérique ont révolutionné le journalisme politique ». Et, mieux, "la parole politique elle-même".

 


 Crédit photo : Marie Demarque

 

Thomas Legrand a commencé sa carrière en 1988, au service politique de RMC. A cette époque, pas d’Internet, encore moins de Twitter, juste un service d’archives où les "bobineaux", ces rouleaux de bande son, s’empilaient pour former les annales de la maison. Le rapport à la parole politique était différent.

Preuve en est cette anecdote que l’éditorialiste raconte. En 1997, il travaille au service Étranger de RTL. La dissolution de l’Assemblée nationale est décidée par le président Jacques Chirac. Thomas Legrand propose de ressortir le sonore où le président déclare qu’une dissolution ne doit être envisagée qu’en cas de crise politique majeure. Le journaliste s’entend alors répondre qu’on ne peut pas ainsi mettre en contradiction un homme politique avec lui-même. Cela ne se fait pas.

 

"Il y avait vraiment un écart générationnel", explique le journaliste. Les plus jeunes étaient d’accord avec son idée, le plus âgés beaucoup plus réticents. Ce que montre ce souvenir ? "Ce n’est pas qu’il y avait une censure, analyse Thomas Legrand, c’est qu’on n’avait pas le même rapport à la parole politique. Elle n’avait pas le même poids".

 

Une "tyrannie de la cohérence"

 

Aujourd’hui, Internet, en mettant sous surveillance constante la parole politique, l'a désacralisée. Et modifié le rôle des journalistes. "Maintenant, la matière première, tout le monde l’a", analyse Thomas Legrand. Une mémoire absolue et disponible qui impose une "tyrannie de la cohérence" selon le journaliste : "Internet oblige les hommes politiques à être plus cohérents." Une évolution du rapport émetteur-récepteur qu’il trouve bénéfique : "Tout le monde peut se faire sa petite analyse, et finalement je trouve ça assez démocratique." Finis les journalistes qui "disent ce qu’il faut penser", place à la vérification, la confrontation des faits. "Ça nous ramène au cœur du métier", se félicite-t-il.

 

Les faits, l’investigation, le retour aux sources. Est-ce la fin de l’éditorialiste ? Pour celui de France Inter, certainement pas. "Je ne conçois pas le métier d’éditorialiste comme un journaliste qui va donner son avis", explique-t-il. Thomas Legrand se défend donc d’être un faiseur d’opinion. Il refuse également l'antisarkozysme qu'on lui attribue. Éditorialiste uniquement sous Sarkozy, il reconnaît lui-même avoir été un "Sarkroniqueur". Mais refuse l’antisarkozysme pur. "Mon boulot, je l’ai conçu dans la comparaison entre ce qu’il dit et ce qu’il disait, explique l’éditorialiste, de ce point de vue, le meilleur ennemi de Sarkozy, c’est lui-même."

 

L’édito, un statut à part

 

Thomas Legrand ne se sent pas légitime pour livrer son opinion personnelle. "Je donnerais mon avis si j’étais un éditorialiste qui représentait une tendance politique", se justifie-t-il, comme il en existe à France Inter. Mais l’édito politique du matin a pour lui un statut à part. "Vous pouvez avoir un avis péremptoire, explique le journaliste, mais quand vous commencez à écrire, le stylo, il pèse deux millions de personnes." Et les livres ouvertement critiques sur le président qu'il publie ? "Quand j’écris des livres, j’ai un avis un peu plus tranché. Quand je m’adresse aux auditeurs, je n’ai pas été choisi pour ça."

 

Quant à savoir s'il adapte un peu sa plume pour paraître un peu moins "sarkroniqueur", il avoue que ça lui arrive. "N’est-ce pas un peu paradoxal pour un éditorialiste ?", lui rétorque-t-on. La réponse est tranchée : c’est sur la façon de dire les choses que l’éditorialiste hésite parfois, pas sur le fond. "Je retiens un petit peu ma plume pour pas trop choquer. Mais comme on se rase quand on va devant une assemblée."

 

>>>> Revoir le live de la master class >>>>

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